Comment les professionnels de santé accompagnent les émotions liées à l’ivg, pratiques d’écoute et dispositifs existants

Comment les professionnels de santé accompagnent les émotions liées à l’ivg, pratiques d’écoute et dispositifs existants

On parle souvent des délais, des méthodes, des papiers à fournir pour une IVG. Beaucoup moins de ce qui se passe dans la tête et dans le corps : le stress, la peur de regretter, la colère, le soulagement, la tristesse, parfois tout ça en même temps. Pourtant, ces émotions font partie à part entière du parcours. Elles sont prévues, encadrées et, normalement, accompagnées.

Dans cet article, je vous propose un tour d’horizon très concret de la manière dont les professionnels de santé peuvent (et doivent) vous accompagner sur le plan émotionnel : qui fait quoi, à quel moment, avec quels outils, et comment vous pouvez vous saisir de ces dispositifs sans culpabiliser ni vous justifier.

Pourquoi les émotions autour de l’IVG sont prises en compte

Une IVG est un acte médical, mais c’est aussi un événement très intime qui touche à votre corps, votre projet de vie, votre couple, vos valeurs, votre histoire personnelle. Il est donc normal qu’elle déclenche beaucoup de réactions émotionnelles, même lorsque la décision est claire.

Les professionnels de santé sont aujourd’hui formés – au moins en partie – à repérer ces émotions et à les prendre en compte. Non pas pour juger votre décision, mais pour :

  • vous aider à y voir plus clair si vous hésitez ;
  • vous soutenir si vous êtes en détresse ou très anxieuse ;
  • prévenir des difficultés après l’IVG (culpabilité envahissante, isolement, tensions de couple, etc.) ;
  • vous orienter vers les bons interlocuteurs (psychologue, assistante sociale, associations) si besoin.

Dans les textes officiels, l’accompagnement psychologique fait partie intégrante du parcours IVG. Dans la réalité, la qualité de cet accompagnement varie selon les lieux, les moyens et les personnes. Mais vous avez des droits, et vous pouvez les utiliser.

Avant l’IVG : premiers échanges, écoute et repères

Le temps « avant » l’IVG est souvent celui des émotions les plus intenses : le choc du test positif, la peur de parler à son partenaire ou à ses parents, la honte parfois, la pression du délai… C’est aussi à ce moment-là que les premiers professionnels entrent en jeu.

Les premiers interlocuteurs possibles

En pratique, les premières personnes à qui vous pouvez parler sont :

  • votre médecin généraliste ;
  • une sage-femme (ville, PMI, centre de planification) ;
  • un gynécologue ;
  • un centre de planification familiale ou un centre IVG directement ;
  • le numéro vert national sexualités, contraception, IVG : 0 800 08 11 11 (appel anonyme et gratuit).

Leur rôle n’est pas uniquement de vérifier le délai et de vous orienter. Ils sont aussi censés :

  • accueillir votre demande sans jugement ;
  • vous laisser le temps d’exprimer ce que vous ressentez (peur, colère, ambivalence…) ;
  • vous expliquer clairement le déroulé des différentes méthodes d’IVG, sans vous influencer ;
  • vérifier si vous subissez des pressions (de la famille, du partenaire, de votre entourage).

Vous n’êtes pas obligée de « tout raconter », mais toute information que vous donnez peut les aider à adapter leur accompagnement. Par exemple, le fait d’avoir déjà vécu une IVG, un deuil périnatal, des violences, une dépression… peut être important à signaler.

L’entretien psychosocial : un temps pour souffler (et poser toutes les questions)

En France, il existe un espace dédié pour parler de tout ce qui entoure votre décision : l’entretien psychosocial. Il est :

  • obligatoirement proposé à toute personne qui demande une IVG ;
  • obligatoire pour les mineures ;
  • gratuit, et réalisé par un professionnel formé : conseiller·e conjugal·e, psychologue, travailleur·se social·e, parfois sage-femme formée.

Son objectif n’est pas de vous faire changer d’avis, mais de vous offrir un temps sans pression médicale, ni contrainte de délai de salle d’attente. On peut y aborder :

  • vos raisons, vos doutes, vos certitudes ;
  • vos peurs (de souffrir, de regretter, d’être jugée…) ;
  • votre situation de couple, familiale, financière ;
  • ce que vous attendez des professionnels le jour de l’IVG ;
  • les modalités d’accompagnement après l’IVG si vous le souhaitez.

Concrètement, vous pouvez y aller seule, avec votre partenaire, une amie, ou un membre de votre famille. Vous pouvez aussi demander un entretien uniquement pour vous, même si votre partenaire veut vous accompagner au reste du parcours.

Si cet entretien n’est pas proposé spontanément, vous êtes en droit de le demander. C’est particulièrement utile si :

  • vous hésitez encore ;
  • vous vous sentez très seule ou sous pression ;
  • vous avez déjà vécu un événement difficile autour de la grossesse.

Pendant l’IVG : comment les équipes vous soutiennent concrètement

Le « pendant » ne se résume pas à l’acte lui-même. Entre la première consultation médicale, les examens, l’intervention et la sortie, il se passe plusieurs jours, voire semaines, où les professionnels sont en première ligne pour vous accompagner.

Lors de la première consultation médicale

Cette consultation (médecin ou sage-femme) est le moment où :

  • on confirme la grossesse et son terme ;
  • on vérifie les contre-indications médicales ;
  • on présente les méthodes possibles (médicamenteuse ou instrumentale) ;
  • on établit, si vous le souhaitez, un certificat ou une attestation utile pour votre employeur.

Mais c’est aussi un moment d’échange sur vos ressentis. Un professionnel attentif pourra vous poser des questions ouvertes :

  • « Comment vous vivez cette situation en ce moment ? »
  • « De quoi avez-vous le plus peur ? »
  • « Est-ce que vous vous sentez soutenue par votre entourage ? »

Ces questions ne sont pas intrusives : elles servent à repérer si vous avez besoin d’un soutien plus appuyé, d’un suivi psychologique, ou d’aménagements particuliers (par exemple, plus de temps pour poser vos questions, la présence systématique d’une personne de confiance, etc.).

IVG médicamenteuse : un accompagnement souvent à distance, mais pas sans soutien

Dans le cas d’une IVG médicamenteuse, une partie du processus se fait à domicile. Cela peut être rassurant pour certaines, plus angoissant pour d’autres. Les professionnels peuvent adapter leur accompagnement de plusieurs façons :

  • en vous expliquant très précisément ce que vous allez ressentir physiquement (douleurs, saignements, durée) pour éviter la panique ;
  • en vous donnant des repères émotionnels : « Beaucoup de femmes ressentent un mélange de soulagement et de tristesse, c’est normal » ;
  • en vous remettant un numéro pour appeler en cas de question (centre IVG, cabinet, numéro d’astreinte) ;
  • en programmant un appel ou une consultation de contrôle, pas seulement pour vérifier le côté médical, mais aussi votre état moral.

Si vous sentez que vous risquez de mal vivre le fait d’être seule pendant l’expulsion (par exemple la nuit), vous pouvez en parler : changer l’horaire de prise des comprimés, organiser la présence d’un proche, prévoir un appel de suivi… Tout cela est discuté avec le professionnel qui vous suit.

IVG instrumentale : l’importance de l’accueil et de la parole avant/après

Pour une IVG instrumentale (en établissement de santé), l’écoute des émotions se joue surtout :

  • à l’arrivée (accueil, respect de l’intimité, explication claire du déroulé) ;
  • avant l’anesthésie (temps pour poser les dernières questions, verbaliser ses peurs) ;
  • en salle de réveil (surveillance médicale, mais aussi quelques mots pour vérifier votre état psychique) ;
  • avant la sortie (derniers échanges, conseils pour le retour à domicile, information sur les ressources disponibles).

Certaines équipes proposent systématiquement un petit temps d’échange après l’intervention : « Comment vous vous sentez ? », « Est-ce que vous voulez parler de ce qui vient de se passer ? ». D’autres le font moins. Vous avez le droit, même si personne ne vous le propose spontanément, de dire :

  • « J’aurais besoin d’en parler quelques minutes avant de partir » ;
  • « J’ai peur de ne pas aller bien après, à qui je peux m’adresser ? » ;
  • « Est-ce qu’il existe un psychologue ou un service pour un suivi ? »

La réponse peut être : le psychologue de l’hôpital, le centre de planification familiale, une association, une ligne d’écoute. L’essentiel est que vous ne sortiez pas sans savoir vers qui vous tourner si ça ne va pas.

Après l’IVG : suivi médical, soutien psychologique et retours d’expérience

Les réactions émotionnelles ne s’arrêtent pas à la fin de l’intervention. Pour certaines, le soulagement prend toute la place. Pour d’autres, des questions surgissent ensuite : « Et si j’avais… ? », « Pourquoi je pleure alors que je ne regrette pas ? », « Comment en parler à mon partenaire ? ».

La consultation de contrôle : pas seulement une formalité

La consultation de contrôle, généralement prévue dans les 2 à 3 semaines après l’IVG, sert à :

  • vérifier que l’IVG est complète et que vous allez bien physiquement ;
  • mettre en place (ou ajuster) une contraception si vous le souhaitez ;
  • faire le point sur votre vécu de l’IVG.

Vous pouvez préparer cette consultation en notant ce que vous ressentez depuis l’IVG :

  • des émotions fortes, récurrentes (tristesse, colère, anxiété) ;
  • des troubles du sommeil ou de l’appétit ;
  • un sentiment d’isolement ;
  • des tensions dans votre couple ou votre entourage ;
  • une difficulté à reprendre le cours de votre vie quotidienne.

Le ou la professionnelle peut alors :

  • vous rassurer sur ce qui est fréquent et attendu ;
  • repérer des signes de souffrance plus profonde ;
  • vous proposer un ou plusieurs rendez-vous avec un psychologue, un conseiller conjugal, ou un service d’écoute.

Les dispositifs d’écoute et de soutien existants

En plus des professionnels directement impliqués dans votre IVG, plusieurs dispositifs existent pour parler de vos émotions, parfois longtemps après l’événement.

Les services de planification familiale et les centres IVG

La plupart des centres de planification familiale et des centres IVG proposent :

  • des entretiens individuels avec un conseiller conjugal ou un psychologue ;
  • des temps d’échange sur la contraception, la sexualité, le couple ;
  • des orientations vers des structures spécialisées en cas de besoin (psychiatre, services sociaux, etc.).

Ces structures ont l’habitude d’entendre des récits d’IVG très différents : certaines personnes ne veulent pas en parler longtemps, d’autres ont besoin de revenir plusieurs fois sur ce qu’elles ont vécu. Il n’y a pas de « bonne » manière de réagir. Leur rôle est de s’adapter à votre rythme.

Les lignes d’écoute téléphonique

Outre le numéro vert national (0 800 08 11 11), qui peut vous informer et vous orienter, plusieurs associations proposent des espaces d’écoute téléphonique ou en ligne, souvent anonymes. Elles peuvent :

  • vous permettre de parler sans crainte d’être reconnue ;
  • vous aider à mettre des mots sur ce que vous ressentez ;
  • vous proposer, si vous le souhaitez, un relais vers un professionnel près de chez vous.

Ces dispositifs sont utiles si vous n’êtes pas prête à consulter en face-à-face, ou si vous avez déjà eu une mauvaise expérience avec un professionnel et que vous hésitez à retenter.

Les psychologues et psychiatres en ville

Vous pouvez également choisir de consulter directement un psychologue libéral ou un psychiatre. Ce n’est pas réservé aux « cas graves ». Vous pouvez consulter :

  • pour une ou deux séances, pour « décharger » ce que vous avez sur le cœur ;
  • pour un suivi plus long si l’IVG réactive d’anciens traumatismes (violences, deuils, interruption médicale de grossesse passée, etc.).

Les professionnels de santé que vous rencontrez dans le cadre de l’IVG peuvent vous fournir des noms de spécialistes habitués à ces questions. N’hésitez pas à préciser, quand vous prenez rendez-vous, que vous souhaitez parler d’une IVG ou d’un projet de grossesse interrompu : cela permet au professionnel de vérifier s’il est à l’aise avec ce sujet et à vous d’éviter d’éventuels jugements.

Comment vous préparer à être mieux accompagnée

Il n’est pas de votre responsabilité de « compenser » une prise en charge insuffisante, mais certaines actions concrètes peuvent vous aider à tirer le meilleur parti des professionnels que vous allez rencontrer.

Oser dire ce dont vous avez besoin

Vous avez le droit de dire, dès le début :

  • « J’ai besoin qu’on m’explique tout en détail, sinon je stresse. »
  • « Je préfère qu’on ne rentre pas trop dans les détails, mais j’ai besoin d’être rassurée sur la douleur. »
  • « J’aimerais bien voir quelqu’un pour en parler avant/après l’IVG. »
  • « Je suis très anxieuse, est-ce qu’on peut prévoir un temps pour que je pose toutes mes questions ? »

Ces phrases simples permettent au professionnel de mieux adapter son discours et son attitude. Vous n’êtes pas « compliquée » en demandant ça, vous exercez un droit.

Préparer quelques questions à l’avance

Dans le flot d’informations, on oublie souvent ce qu’on voulait demander. Vous pouvez noter, dans votre téléphone ou sur un papier :

  • vos principales peurs (douleur, anesthésie, saignements, regard des autres…) ;
  • vos questions sur le « après » (combien de temps pour reprendre le travail, la sexualité, le sport, etc.) ;
  • vos inquiétudes émotionnelles : « Est-ce normal de ne rien ressentir ? », « Et si je regrette plus tard ? ».

Arriver avec cette liste aide aussi le professionnel à comprendre où vous en êtes et à vous proposer, si besoin, un accompagnement complémentaire.

Changer de professionnel si vous vous sentez jugée

Malheureusement, il arrive encore que certaines personnes se sentent jugées ou culpabilisées par un médecin, une sage-femme ou un autre intervenant. Si vous vivez cela :

  • vous avez le droit de demander à changer de professionnel ou de service ;
  • vous pouvez appeler un centre IVG ou un centre de planification pour être réorientée ;
  • vous pouvez signaler, si vous le souhaitez, des propos discriminants ou culpabilisants.

Se faire respecter fait partie de la protection de votre santé mentale. Vous n’avez pas à accepter des remarques sur votre vie sexuelle, votre nombre d’IVG, votre âge, votre situation familiale.

Se rappeler que toutes les émotions sont légitimes

Enfin, un point essentiel : il n’y a pas de manière « attendue » de vivre une IVG. Certaines personnes ne ressentent presque rien et s’en étonnent. D’autres pleurent beaucoup alors qu’elles ne regrettent pas leur décision. D’autres encore alternent entre soulagement et tristesse pendant plusieurs semaines.

Le rôle des professionnels de santé et des dispositifs d’accompagnement est précisément de vous laisser cet espace, sans vous enfermer dans une case (« vous devriez être soulagée », « vous devriez être plus triste »). Si ce n’est pas ce que vous trouvez au premier abord, il existe d’autres portes à pousser : un autre médecin, un autre centre, une ligne d’écoute, une association.

Vous avez le droit d’être bien entourée, médicalement et émotionnellement, tout au long de ce parcours. Et vous avez le droit de demander de l’aide, même longtemps après l’IVG, si le besoin se fait sentir.