Après mon IVG, on m’a très vite rassurée sur le plan médical : tout s’était bien passé, pas de complication, pas de souci particulier à prévoir. En revanche, sur le plan émotionnel, c’était une autre histoire. Je ne savais pas vraiment à qui parler, quoi dire, ni même ce que je ressentais exactement.
Si vous lisez ces lignes, vous êtes peut-être dans cette zone floue après une IVG, où les émotions font un peu le yo-yo. Dans cet article, je vais vous raconter comment j’ai trouvé du soutien psychologique après mon IVG : les démarches concrètes que j’ai faites, les ressources qui existent (et que j’ignorais totalement avant), et ce que ça m’a apporté, sur la durée.
Avant l’IVG : ce que j’aurais aimé savoir sur le soutien psy
Quand j’ai pris la décision d’interrompre ma grossesse, tout s’est enchaîné très vite : prise de rendez-vous, échographie, examen clinique, choix de la méthode, signature des papiers… J’étais focalisée sur l’aspect médical et administratif, pas du tout sur ce que j’allais ressentir après.
On m’a bien proposé un entretien psychosocial au centre de planification, mais je l’ai refusé, en me disant : « Je gère, je vais bien ». Avec le recul, je me rends compte que :
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je ne savais pas que cet entretien pouvait être simplement un espace pour poser mes questions, sans jugement, sans obligation d’y « raconter ma vie » ;
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je pensais que demander de l’aide psychologique, c’était un signe de fragilité, alors que c’est en réalité un droit et un outil de prévention ;
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je ne savais pas que ce soutien était gratuit et accessible, même sans ressources.
Si vous êtes encore dans la phase « avant » ou juste au moment de l’IVG, gardez en tête ceci : vous avez le droit d’avoir un soutien psychologique avant, pendant et après. Vous pouvez changer d’avis en cours de route, revenir vers les équipes, poser des questions, même plusieurs semaines plus tard.
Juste après l’IVG : le moment où j’ai compris que j’avais besoin d’aide
Les premiers jours après l’IVG, j’étais soulagée. Soulagée que ce soit terminé, soulagée de ne plus être dans l’incertitude. Je me disais : « C’est bon, c’est derrière moi ». Et puis, au fil des jours, d’autres émotions sont arrivées :
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des pics de tristesse sans raison apparente ;
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un sentiment de vide, difficile à expliquer même à mon conjoint ;
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des pensées du type « Et si j’avais fait un autre choix ? » qui revenaient en boucle ;
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une forme de culpabilité, alors que j’étais toujours convaincue d’avoir pris la bonne décision.
Ce qui m’a alertée, ce n’est pas d’avoir ces émotions (elles sont fréquentes), mais le fait qu’elles occupent tout mon espace mental. J’avais du mal à me concentrer au travail, je dormais mal, et je n’osais pas trop en parler autour de moi par peur des réactions.
Un soir, j’ai ressorti la pochette de documents que m’avait donnée la sage-femme au centre IVG. C’est là que j’ai vu une petite feuille que j’avais survolée au début : « Entretien psychosocial – Contacts et numéros utiles ». C’est par là que tout a commencé.
Première étape : recontacter le centre IVG / planning familial
Ma première démarche a été très simple : j’ai appelé le numéro indiqué sur le dépliant du centre de planification familiale où j’avais été prise en charge. Je craignais un peu de déranger ou qu’on me dise « mais Madame, l’intervention est terminée ». En réalité, ça ne s’est pas du tout passé comme ça.
Au téléphone, j’ai expliqué, très brièvement :
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la date de mon IVG ;
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le lieu où elle avait été réalisée ;
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que je ressentais le besoin de parler avec quelqu’un de formé, parce que les émotions prenaient un peu trop de place.
La personne au standard m’a répondu calmement, en me disant que c’était tout à fait prévu dans leur dispositif et qu’ils recevaient régulièrement des femmes après leur IVG, parfois plusieurs semaines ou mois après. Elle m’a proposé :
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un rendez-vous avec une conseillère conjugale et familiale, dans le même lieu ;
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ou, si je préférais, un entretien avec la psychologue du service.
J’ai choisi la conseillère conjugale et familiale pour commencer, parce que je ne me sentais pas « assez mal » pour consulter une psychologue (c’était mon ressenti à ce moment-là). C’est important de le dire : il n’y a pas de « seuil » officiel de souffrance pour avoir droit à un soutien. Vous n’avez pas à justifier que « ça va vraiment mal » pour demander de l’aide.
À quoi ressemble un entretien de soutien après une IVG ?
Le jour du rendez-vous, j’avais préparé une petite liste de questions dans mon téléphone, parce que j’avais peur de perdre mes moyens :
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Est-ce normal d’alterner entre soulagement et tristesse ?
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Est-ce que ces pensées vont durer ?
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Comment en parler (ou pas) à mon entourage, à mon conjoint ?
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Est-ce que je risque d’être « marquée » pour une future grossesse ?
L’entretien a duré environ 45 minutes. Concrètement, comment ça se passe ?
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On m’a réinstallée dans un bureau, pas dans une salle d’examen : pas de blouse, pas de matériel médical, juste deux chaises et une table.
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La conseillère m’a expliqué que ce qui se disait là resterait confidentiel.
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Elle m’a laissée raconter, à mon rythme, le déroulé de mon IVG, comment j’avais pris ma décision, ce que je ressentais maintenant.
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Elle m’a posé quelques questions factuelles, mais sans insister, pour comprendre mon contexte : situation de couple, antécédents, soutien (ou non) de mon entourage.
Ce qui m’a le plus soulagée, ça a été :
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d’entendre que mes réactions étaient fréquentes et normales après un événement aussi impliquant qu’une IVG ;
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qu’on ne cherchait pas à « analyser » ma décision ou à la remettre en cause ;
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qu’on me proposait des outils concrets : repérer mes moments de vulnérabilité dans la journée, identifier ce qui déclenchait mes pensées culpabilisantes, chercher avec qui je me sentais vraiment en sécurité pour en parler.
À la fin, on a fait un point très pratique : est-ce que je souhaitais un autre rendez-vous ? Est-ce que je voulais être orientée vers une psychologue de ville ou un centre médico-psychologique (CMP) ? J’ai choisi de revenir une deuxième fois au même endroit, puis d’être orientée vers une psy en cabinet libéral près de chez moi.
Les ressources que j’ai découvertes (et que je ne connaissais pas du tout)
Au fil de ces démarches, j’ai découvert plusieurs types de soutien possibles. Selon votre situation, vos moyens financiers et votre région, toutes ne seront pas forcément accessibles, mais voici ce qui existe :
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Les centres de planification familiale et les centres IVG : entretiens avec des conseillères conjugales et familiales, sages-femmes formées à l’écoute, parfois psychologues. Ces entretiens sont souvent gratuits.
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Les centres médico-psychologiques (CMP) : structures publiques qui proposent des consultations psy sans avance de frais. Il peut y avoir un délai, mais cela permet un suivi régulier sans coût.
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Les lignes d’écoute anonymes et gratuites : numéros nationaux dédiés aux questions de sexualité, grossesse, IVG, violences, etc. On peut appeler sans donner son nom, pour une première parole.
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Les associations d’accompagnement à l’IVG : certaines proposent des groupes de parole ou des entretiens individuels, en présentiel ou en visio.
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Les psychologues et psychiatres libéraux : à consulter avec ou sans orientation médicale. Le coût dépend de chacun, mais certaines proposent un tarif adapté selon les revenus.
Concrètement, comment j’ai fait pour m’y retrouver ?
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J’ai demandé à la conseillère du centre IVG une liste de contacts fiables dans ma ville.
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J’ai vérifié sur les sites officiels (Plateforme IVG, Assurance maladie, ARS) les numéros nationaux et les coordonnées des CMP proches de chez moi.
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Pour la psy libérale, j’ai consulté les annuaires professionnels en filtrant sur « accompagnement de l’IVG », « santé des femmes », « périnatalité ».
Je ne vous cache pas qu’il m’a fallu un peu d’énergie pour faire ces démarches, surtout dans une période où j’étais fatiguée. Ce qui m’a aidée : demander clairement aux professionnelles rencontrées de m’indiquer une prochaine étape précise (« vers qui je peux me tourner ensuite ? », « pouvez-vous m’écrire ces coordonnées ? »).
Ce que le suivi psychologique m’a réellement apporté
Au début, je pensais que quelques entretiens suffiraient à « évacuer » tout ça. En réalité, le bénéfice a été plus profond et plus durable que prévu. Voilà, concrètement, ce que ce soutien m’a permis :
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Mettre de l’ordre dans mes émotions : différencier la culpabilité réelle (par rapport à certains comportements) de la culpabilité « automatique », héritée de ce qu’on entend sur l’IVG dans la société.
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Comprendre mes réactions physiques : fatigue, sensation de vide, tension corporelle… Les relier à ce que j’avais vécu et au bouleversement hormonal, au lieu de me dire « je suis faible ».
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Parler de l’IVG sans peur d’être jugée : dans le cabinet de la psy, je n’avais pas besoin de me censurer ou de rassurer l’autre. Je n’étais pas dans le rôle de « celle qui doit prouver qu’elle va bien ».
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Reposer la question de mon désir d’enfant : pas pour remettre en cause l’IVG, mais pour mieux cerner ce que je voulais, à quel moment, dans quelles conditions.
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Apprendre à répondre aux remarques maladroites : du type « Tu t’en remettras vite » ou « Tu n’étais pas si avancée » qui, même si elles se veulent rassurantes, peuvent faire mal. On a travaillé des phrases simples pour poser mes limites.
Un point important : ce suivi m’a aussi aidée à mieux dialoguer avec les soignants. Lors d’un rendez-vous gynécologique ultérieur, j’ai pu dire clairement à la professionnelle :
« J’ai eu une IVG il y a quelques mois, j’ai été un peu chamboulée, j’aimerais qu’on prenne le temps de parler de la contraception la plus adaptée pour moi aujourd’hui. »
Avant le soutien psy, je n’aurais jamais osé formuler les choses aussi nettement. Je me serais contentée de hocher la tête devant une ordonnance, sans oser dire que la méthode proposée ne me convenait pas.
Et si on ne se sent “pas si mal” ? L’intérêt d’un soutien préventif
On imagine souvent qu’il faut être en grande détresse pour consulter. Dans les fait, le soutien psychologique après une IVG peut aussi être :
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préventif : pour éviter que certaines pensées ne s’installent ou ne se transforment en ruminations permanentes ;
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ponctuel : un ou deux entretiens pour vérifier que tout va bien, répondre à des questions, valider certains ressentis ;
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relationnel : pour réfléchir à la façon d’en parler (ou de ne pas en parler) avec son partenaire, ses parents, ses ami·es, ses enfants plus tard.
J’ai rencontré, dans une association, une femme qui m’a dit : « J’ai consulté une fois après mon IVG, surtout pour vérifier que ce que je ressentais était normal. Ça m’a suffi, mais je suis contente d’avoir eu cet espace ». Cela m’a rappelé qu’il n’y a pas un “bon” niveau de souffrance qui légitime une demande d’aide. Votre simple besoin de parler est une raison valable.
Comment savoir à qui parler : proche, professionnel, ligne d’écoute ?
Une question qui revient souvent est : à qui en parler en premier ? Voici comment je l’ai abordée, et ce que j’ai appris :
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À un·e proche de confiance, si vous en avez un·e : quelqu’un qui ne cherchera ni à minimiser, ni à dramatiser, qui peut simplement écouter. C’est précieux, mais ce n’est pas toujours suffisant.
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À un·e professionnel·le de santé déjà rencontré·e : sage-femme, médecin, gynécologue. Vous pouvez simplement dire : « Depuis l’IVG, ça remue un peu pour moi, est-ce que vous pouvez m’orienter vers quelqu’un pour en parler ? ».
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À une ligne d’écoute anonyme : pratique si vous n’êtes pas prête à en parler en face à face, ou si vous avez besoin de vider votre sac avant de faire d’autres démarches.
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À des professionnel·les spécialisé·es : psy, conseillères conjugales, associations. C’est l’option la plus adaptée si les émotions prennent beaucoup de place dans la durée (plusieurs semaines ou mois).
Dans mon cas, j’ai fait l’inverse de ce qu’on conseille souvent : je ne l’ai quasiment pas dit à mon entourage, et j’ai commencé par les professionnelles. Ce n’était pas idéal, mais c’était ce que je me sentais capable de faire à ce moment-là, et c’était déjà beaucoup.
Ce que j’aurais aimé qu’on me dise au moment de mon IVG
Avec le recul, voici les phrases que j’aurais aimé entendre plus clairement, dès les premiers rendez-vous :
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« Vous avez le droit de revenir nous voir juste pour parler, même si tout va bien médicalement. Ce n’est pas un “caprice”, c’est prévu pour ça. »
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« Les émotions après une IVG peuvent évoluer dans le temps. Vous pouvez vous sentir très bien au début, puis un peu plus remuée plus tard. Ce n’est pas un signe que vous avez pris la mauvaise décision. »
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« Il existe des ressources gratuites ou peu coûteuses, même si vous n’avez pas mutuelle ou peu de moyens. On peut vous aider à les trouver. »
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« Chaque histoire d’IVG est différente. Il n’y a pas de bonne réaction, pas de bonne durée pour “tourner la page”. Prenez le temps dont vous avez besoin. »
Si vous êtes en train de traverser cette période, retenez surtout ceci : demander un soutien psychologique après une IVG ne remet pas en cause votre décision, ne signifie pas que vous êtes fragile, ni que vous “faites un drame”. C’est simplement une façon de prendre soin de vous, au même titre qu’un contrôle médical.
Et si vous hésitez à faire le premier pas, vous pouvez commencer par quelque chose de très simple : rouvrir les documents qui vous ont été remis, regarder les numéros utiles, ou en parler lors de votre prochain rendez-vous médical, même si ce n’est pas spécifiquement pour l’IVG (consultation de suivi, contraception, frottis…). Une phrase courte suffit, par exemple :
« J’ai eu une IVG récemment, et j’aimerais être orientée vers quelqu’un pour en parler. »
C’est exactement par là que, moi aussi, j’ai commencé.