Après une IVG, beaucoup de femmes se demandent : « Est-ce normal de me sentir comme ça ? », « À qui je peux vraiment parler sans être jugée ? ». Certaines n’ont pas besoin d’en parler, d’autres oui, tout de suite ou plusieurs mois après. Il n’y a pas de “bonne” réaction, mais il est important de savoir que des espaces de parole sécurisés existent, gratuits ou à faible coût, un peu partout en France.
Dans cet article, on va voir concrètement vers qui vous tourner, comment repérer un espace de parole vraiment sécurisé (confidentiel, bienveillant, non culpabilisant) et quelles sont vos options : groupes de soutien, associations, lignes d’écoute, consultations individuelles, en présentiel ou en ligne.
Pourquoi chercher un espace de parole après une IVG ?
Une IVG est un acte médical encadré, mais c’est aussi un événement de vie qui peut faire remonter beaucoup de choses : fatigue, soulagement, tristesse, colère, peur du regard des autres… parfois tout à la fois.
Un espace de parole sécurisé peut vous aider à :
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mettre des mots sur ce que vous ressentez (y compris si vous avez surtout l’impression de “ne rien ressentir”)
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vérifier que ce que vous vivez est fréquent et normal, ou repérer si vous avez besoin d’un soutien plus poussé
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dissocier le jugement social de votre propre ressenti
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poser des questions sans avoir peur d’“ennuyer” les soignants ou vos proches
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préparer la suite : contraception, sexualité, éventuels projets de grossesse plus tard
Cet espace peut prendre des formes différentes : une consultation individuelle, un groupe de parole, une ligne d’écoute anonyme, un forum modéré par des pros, etc. L’important, ce n’est pas le format en soi, mais que vous vous y sentiez en sécurité.
Faire le point : de quoi avez-vous besoin aujourd’hui ?
Avant de vous lancer dans des recherches, quelques questions simples peuvent vous aider à orienter votre démarche :
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Souhaitez-vous parler une fois avec quelqu’un, pour “déposer” ce que vous avez sur le cœur ?
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Ou au contraire, un accompagnement régulier vous rassurerait davantage ?
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Préférez-vous parler à un professionnel (psychologue, sage-femme, médecin, assistante sociale) ?
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Ou vous sentiriez-vous mieux dans un groupe de femmes ayant vécu la même chose ?
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Êtes-vous à l’aise pour vous déplacer, ou avez-vous besoin de téléphone / visio ?
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Avez-vous des contraintes financières importantes ? (il existe des dispositifs gratuits ou pris en charge)
Vous pouvez très bien combiner plusieurs options : par exemple un rendez-vous ponctuel avec une psychologue dans un centre de planification, plus un forum sécurisé en ligne pour poser des questions au fil du temps.
Les premiers interlocuteurs : l’équipe médicale et le planning familial
Juste avant, pendant ou après votre IVG, l’équipe médicale reste une porte d’entrée importante pour trouver un espace de parole.
Au moment du parcours d’IVG, vous pouvez :
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demander à la sage-femme, au médecin ou à l’infirmier·e : « À qui je peux m’adresser si j’ai besoin d’en reparler plus tard ? »
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noter les coordonnées du centre de planification ou d’éducation familiale le plus proche, souvent affichées dans les services IVG
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profiter des entretiens psycho-sociaux (pour les mineures, ils sont obligatoires ; pour les majeures, ils sont possibles sur demande) pour poser toutes vos questions
Dans les centres de planification familiale (souvent situés dans les hôpitaux, les PMI, les centres de santé, les maisons des femmes ou à part) vous pouvez :
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prendre un rendez-vous gratuit ou quasi gratuit avec une conseillère conjugale et familiale, une sage-femme, parfois une psychologue
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parler de votre IVG, même si elle date de plusieurs années
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aborder aussi la contraception, la sexualité, la relation de couple, les violences éventuelles, sans jugement
Pour trouver un centre de planification :
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appelez le numéro vert national sexualités, contraception, IVG : 0 800 08 11 11 (appel anonyme et gratuit, depuis un fixe ou un mobile, en métropole et Outre-mer)
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consultez le site officiel ivg.gouv.fr : la rubrique « Où s’adresser ? » permet de rechercher près de chez vous
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renseignez-vous auprès du centre IVG où vous avez été prise en charge, ou du secrétariat de gynécologie / maternité de l’hôpital le plus proche
Groupes de parole présenciels : où les trouver ?
Un groupe de parole, c’est un petit nombre de personnes accompagnées par un·e professionnel·le (psychologue, conseillère conjugale et familiale, sage-femme formée, etc.), dans un cadre confidentiel. Chacune parle si elle le souhaite, à son rythme. On écoute autant qu’on témoigne.
On y vient pour :
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entendre d’autres expériences, différentes de la sienne (certaines très sereines, d’autres très ambivalentes)
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se rendre compte qu’on n’est pas “anormale” parce qu’on hésite, qu’on culpabilise ou au contraire qu’on est soulagée
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poser des questions qui n’apparaissent pas toujours en consultation médicale (par exemple, comment en parler à un futur partenaire ? à un futur enfant ?)
Ces groupes peuvent être proposés par :
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des associations spécialisées dans les droits des femmes, la santé sexuelle, l’IVG
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des centres de planification ou centres de santé
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des maisons des femmes ou maisons de quartier
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certaines maternités ou services hospitaliers
Comment les repérer ?
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en appelant le numéro vert 0 800 08 11 11 et en demandant spécifiquement : « Y a-t-il des groupes de parole près de chez moi ? »
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en contactant le Planning familial de votre département (voir plus bas) et en posant la même question
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en cherchant « groupe de parole IVG + votre ville / département » sur un moteur de recherche, puis en vérifiant qui organise (idéalement une structure reconnue)
Si un groupe vous intéresse mais que vous hésitez, vous pouvez demander :
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qui anime le groupe (profession, formation)
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si une charte de confidentialité est rappelée en début de séance
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combien de personnes sont présentes en général
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si vous pouvez assister à une première séance sans engagement
Associations et lignes d’écoute spécialisées
Plusieurs associations en France proposent des espaces de parole autour de l’IVG, de la contraception et de la santé sexuelle. Elles peuvent vous orienter vers des groupes, des consultations ou des ressources fiables.
À connaître notamment :
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Le Planning Familial (Mouvement Français pour le Planning Familial – MFPF)
Présent dans de nombreux départements. Le Planning Familial propose :
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des permanences d’écoute anonymes et gratuites (sur place, par téléphone, parfois en visio)
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des entretiens individuels ou en couple
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parfois des groupes de parole autour de l’IVG, de la sexualité, des violences
Pour trouver la structure la plus proche, tapez « Planning familial + votre département » ou rendez-vous sur le site national du MFPF.
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L’ANCIC (Association Nationale des Centres d’Interruption de grossesse et de Contraception)
L’ANCIC regroupe des professionnel·les de santé impliqué·es dans l’IVG et la contraception. L’association ne reçoit généralement pas directement le public, mais :
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publie des informations fiables sur l’IVG et les droits des patientes
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peut vous orienter vers des centres et des équipes sensibilisées à la dimension psychologique de l’IVG
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Maisons des femmes et associations locales
Dans plusieurs villes, des maisons des femmes ou associations féministes / de santé sexuelle proposent :
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des groupes de parole autour des violences, de la maternité, des IVG, du deuil périnatal
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des permanences psychologiques à tarif social ou gratuites
Ces structures sont très variables selon les régions. Un bon réflexe : demander à votre centre de planification ou à une assistante sociale de vous orienter.
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Et toujours, le numéro vert national 0 800 08 11 11 reste une porte d’entrée : les écoutant·es peuvent vous indiquer des associations fiables proches de chez vous.
Espaces de parole en ligne : forums, visio, réseaux sociaux (avec prudence)
Vous n’avez pas envie de vous déplacer, ou vous préférez l’anonymat d’un écran ? Il existe des espaces en ligne utiles… à condition de les choisir avec soin.
Les atouts du soutien en ligne :
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anonymat possible (pseudo)
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accès plus simple si vous êtes en zone rurale, en situation de handicap, sans moyen de transport
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horaires plus souples
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possibilité de relire, de prendre le temps de formuler
Vous pouvez trouver :
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des forums ou chats modérés par des professionnel·les (sur des sites institutionnels ou associatifs)
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des séances de groupe en visio, organisées par des associations ou des psys
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des hotlines chat proposées par certains plannings ou maisons des femmes
En revanche, prudence avec :
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les groupes privés sur les réseaux sociaux où circulent parfois des informations fausses ou culpabilisantes
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les sites ou forums qui se présentent comme “d’aide aux femmes enceintes” mais qui sont en réalité anti-IVG (discours moralisateurs, pression, culpabilisation)
Pour vérifier la fiabilité d’un espace en ligne, posez-vous quelques questions :
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Qui est derrière ce site ou ce groupe ? (association, institution de santé, personne identifiée, ou au contraire anonyme, opaque ?)
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Les modérateurs / animatrices sont-ils clairement présentés, avec leur formation ?
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Est-ce que l’IVG est décrite comme un droit ? Ou bien comme une faute, un “péché”, une violence systématique ?
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Est-ce que les messages culpabilisants ou violents sont modérés rapidement ?
Trouver un soutien psychologique individuel
Vous pouvez aussi préférer un accompagnement individuel, plus intime, pour prendre le temps de revenir sur votre histoire à votre rythme.
Plusieurs options existent :
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Psychologues et psychiatres en libéral
Ils peuvent recevoir spécifiquement autour des questions de grossesse, IVG, deuil périnatal, violences, sexualité. Certains indiquent ces thématiques sur leurs profils (sites d’annuaires, plaques professionnelles, etc.).
Pour limiter les frais :
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chercher des psys qui pratiquent des tarifs adaptés ou un « prix libre »
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se renseigner sur les dispositifs de prise en charge des séances par la Sécurité sociale (psychologues conventionnés sur orientation médicale dans certains parcours)
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Psychologues et conseillères conjugales dans les structures publiques
Dans les centres de planification, PMI, CMP (Centres Médico-Psychologiques), hôpitaux, maisons de santé, les consultations sont souvent :
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gratuites ou à coût très réduit
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assurées par des professionnels formés à l’écoute de la parole autour de l’IVG et de la maternité
N’hésitez pas à préciser que vous venez pour parler d’une IVG, même si elle est ancienne. Ce n’est pas “trop tard”.
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Si vous ne savez pas par où commencer, un bon point de départ est souvent :
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le médecin traitant, qui peut vous orienter
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la sage-femme ou le gynécologue qui vous suit
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le centre de planification le plus proche, qui connaît le réseau local
Comment savoir si l’espace est vraiment sécurisé ?
Un “espace de parole sécurisé”, ce n’est pas qu’un joli mot. Concrètement, cela veut dire :
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Confidentialité : ce que vous dites ne sort pas de la pièce (ou du cadre en ligne) sans votre accord, sauf situations exceptionnelles prévues par la loi (danger grave et immédiat, par exemple). Le professionnel doit vous expliquer ce cadre.
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Non-jugement : vous pouvez exprimer du soulagement, de la tristesse, de la colère, du doute… sans qu’on cherche à vous “corriger” ou à vous faire regretter votre choix.
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Respect de votre rythme : vous avez le droit de ne pas tout raconter, de vous arrêter, de pleurer, de rire, de revenir sur certains sujets plus tard.
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Information claire sur qui vous reçoit : nom, fonction, cadre d’exercice, éventuellement formation. Vous avez le droit de demander.
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Pas de prosélytisme : personne n’a à vous imposer une vision religieuse, politique ou idéologique de l’IVG ou de la maternité.
Quelques signaux d’alerte qui doivent vous faire fuir, quel que soit le format (présentiel ou en ligne) :
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on vous dit que vous “regretterez forcément” votre IVG, ou que vous êtes “traumatisée sans le savoir”
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on vous présente l’IVG comme une faute morale, un péché, un meurtre
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on insiste pour vous revoir ou vous “suivre” alors que vous avez clairement dit non
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on vous demande de l’argent de façon floue, ou on vous met la pression pour adhérer à une organisation
Vous avez toujours le droit de dire : « Je préfère arrêter là. » ou « Ce cadre ne me convient pas. » Chercher un autre endroit ne veut pas dire que vous “échouez” à vous faire aider ; cela signifie simplement que le premier lieu n’était pas adapté à vos besoins, ce qui est fréquent.
Et si votre entourage ne comprend pas votre démarche ?
Il arrive que l’entourage ne voie pas l’intérêt de parler de l’IVG, ou au contraire vous encourage à en parler alors que vous ne le souhaitez pas.
Quelques situations fréquentes :
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“Mais enfin, c’est du passé, tourne la page.”
Vous avez le droit de ne pas tourner la page au même rythme que les autres. Chercher un espace de parole, c’est précisément une manière de pouvoir, à terme, avancer plus sereinement.
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“Si tu vas voir un psy, c’est que tu vas mal, non ?”
On peut consulter pour prévenir, pour comprendre, pour déposer. Pas uniquement quand “ça ne va plus”. Vous pouvez simplement répondre : « J’ai besoin d’en parler avec quelqu’un de neutre, c’est tout. »
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Votre partenaire veut absolument être présent à tous les rendez-vous
Vous avez le droit de demander un entretien seule. L’espace de parole, c’est aussi un espace où vous n’avez pas à gérer les émotions de l’autre en plus des vôtres.
Si votre entourage est soutenant, tant mieux. Mais si ce n’est pas le cas, ce n’est pas à vous de renoncer à chercher de l’aide. Les espaces de parole dont on a parlé sont justement là pour compenser les silences, les maladresses ou les jugements de l’entourage.
En résumé, que votre IVG soit récente ou ancienne, que vous vous sentiez légère, ambivalente, triste ou simplement curieuse de mieux comprendre ce que vous avez vécu, vous avez le droit de chercher un lieu où déposer votre parole. Centres de planification, associations, lignes d’écoute, groupes de parole, consultations individuelles : plusieurs portes existent. À vous de choisir celle qui vous semble la plus adaptée aujourd’hui… et de garder en tête que vous pouvez en changer si vos besoins évoluent.